27.11.2008

Elle

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La jeune femme assise devant son ordinateur se demandait comment écrire les Maux (elle utilise Maux pour Mots…), comment retranscrire l’intensité de sa Souffrance (elle utilise Souffrance pour Plaisir …).

Ce Plaisir, cette Danse…

Elle se répétait comme un mantra lorsqu’Ils l’a frappaient pour leurs Plaisir « Don’t Lost Control ! Don’t Lost Control… ». Tout ça pour qu’Ils ne voient pas ce qu’elle cachait tout au fond d’elle-même. Souvent elle se demandait si elle-même savait ce qui s’y trouvait ou si elle y dissimulait véritablement quelque chose comme semblaient le croire les Chercheurs d’Or qui l’entouraient (Elle aime utiliser Chercheur d’Or pour parler de ceux qui n’en restent pas à son joli sourire et à ses trois fossettes).



Elle passait beaucoup de temps devant son Miroir afin d’examiner son Visage, ses traits harmonieux quoiqu’un peu épais comme mal dégrossis… Ses yeux trop ronds et trop gris, son nez trop large, sa bouche trop petite… Elle se demandait à quel moment le Dernier Chercheur d’Or, un Marteau, se rendrait il compte qu’il n’y avait que du vide en elle. Du vide enrubanné avec beaucoup de Douleur. Un drôle de paquet cadeau se disait elle…
Elle se souvint d’un Chercheur enfin d’un Charlatan plutôt (un qui se disait Chercheur d’Or alors qu’il n’était qu’un Retourneur-De-Couteau-Dans-La-Plaie) qui lui avait dit qu’il la trouvait habitée dans sa carapace charnelle, qu’elle n’était pas vide. La petite maligne avait trouvé intelligent de lui rétorquer qu’en effet elle n’était pas vide mais emplie par ses entrailles.
Comme elle aurait du s’en douter elle a fini par se retrouver attachée, les entrailles dévidées pendant que ce Charlatan farfouillait dans son abdomen sans délicatesse.
Elle n’avait guère apprécié d’ailleurs et ce fut leur dernière rencontre.

D’un autre côté elle l’avait bien cherché. A force de se balader avec sa Souffrance en bandoulière on fini par se faire remarquer. Elle aurait pu mettre un panneau en néons clignotants cela serait revenu au même.


Les Chercheurs d’Or se demandaient bien ce qu’elle pouvait vouloir expier ainsi.
Elle avait toujours trouvé amusant de voir qu’Ils voulaient lui faire du bien, tellement de bien…Ils voulaient la rendre heureuse, que ses yeux sourient en même temps que sa bouche.
Elle s’était toujours demandé si leur méthode était vraiment la meilleure. Expier la Souffrance par la Douleur…
Il semblerait que cela ne fonctionnait pas si bien… Si cela avait été le cas elle n’en aurait pas été encore là. A mendier le moindre coup, l’insulte, la gifle, la blessure.

Elle ne se sentait vivante que lorsqu’Ils frappaient, lorsque sa Chair vibrait de Souffrance consentie, désirée, acceptée, réclamée à corps et à cris.
Elle n’en avait jamais assez.
Evidemment au bout d’un moment son corps lui faisait défaut, ses jambes ne tenaient plus sous elle, ses tremblements la faisait tressaillir mais elle aurait voulu tellement plus !
Si seulement Ils avaient pu mettre chacun de ses nerfs à nu, démantibuler ses os à un à un elle aurait sans doute été heureuse mais elle faiblissait toujours avant.



Elle aurait bien voulu comprendre ce qu’Eux voulaient expier. De quoi Ils voulaient la punir.
Elle avait la sensation d’être l’exutoire de leurs désirs inassouvis, de leurs frustrations, de leurs rêves irréalisés.

Frappe plus fort petit…

Elle avait l’habitude de dire qu’elle ne se donnait pas facilement. Elle mentait. Elle ne se donnait pas du tout mais elle était assez habile pour leur faire croire le contraire.
En réalité elle prenait.
Elle prenait le Plaisir, la Souffrance, la Peur, la Rage, l’Amour, la Hargne et toutes ces émotions qu’Ils vomissaient sur elle.
Elle ne donnait rien en retour. Ni larme, ni cri, ni supplication. A peine un gémissement lorsque la violence du coup la surprenait.
Et après, malgré son dos en lambeaux, ses reins bleuis, elle relevait la tête fièrement, comme on le lui avait appris et elle le regardait droit dans les yeux, un soupçon de mépris dans les yeux et un sourire moqueur aux lèvres.
Lui non plus il ne l’avait pas fait plié.

En sortant de chez Eux elle levait les yeux au ciel et priait pour qu’arrive Celui qui la ferait plier, Celui qui lui ferait baisser les yeux et pour qui elle ramperait. C’était cela qu’elle attendait par-dessus tout.
En attendant elle accumulait les aventures d’un soir, les Charlatans, les Chercheurs d’Or…Tous ceux qui pouvaient lui apporter un petit quelque chose qui lui permettrait de tenir encore un peu. Une journée où elle réussirait à marcher la tête droite, une nuit où elle dormirait.

 

M.

 

Novembre 2008

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