06.01.2009

Sors de ma tête...

lp374iwg.jpg« Sors de ma tête ». Elle gémissait ces mots, recroquevillée sur elle-même, se balançant d’avant en arrière, agrippant spasmodiquement ses cheveux.

Elle finirait folle, hagarde, démente. Et tout ça à cause d'un homme. A cause de quelques nuits, à cause de quelques étreintes, de quelques mots soupirés, gémis dans un crissement de draps.

Elle se souvenait avec précision de l’instant où elle était tombée amoureuse de lui : il voulait à tout prix savoir ce qu’elle pensait de lui, de quelle manière elle le percevait. Alors pour lui elle avait ouvert les vannes, elle avait laissé l’empathie l’envahir et elle lui avait parlé de lui, de sa souffrance, de son masque, de son rire qui sonnait faux.

A présent elle se maudissait d’avoir eu cette conversation avec lui, jamais elle n’aurai du abattre ce bouclier qui la protégeait de sa douleur, mais elle aimait tellement ça, elle avait besoin de sa souffrance.

A cheval sur lui, une main saisissant ses cheveux, maintenant sa tête en arrière, ses doigts tirant l’anneau à son téton, elle plongeait ses yeux dans les siens.

Elle s’emplissait de sa douleur, elle se nourrissait de ses gémissements, chacun de ses halètements faisaient partie d’elle.

Et son odeur qui lui faisait tourner la tête, qui emplissait chacune de ses cellules et imprégnait encore longtemps après ses mains, sa chevelure, ses vêtements, sa peau.

Son odeur la rendait folle.

Elle aurait voulu poser son visage dans son cou, le nez collé à sa nuque, à la racine de ses cheveux et respirer des heures ainsi.

Il sentait le linge qui a séché au soleil, l’aurore en été, la fraîcheur des jeunes amants.

 

Et il gémissait quand elle le chevauchait.

Petite pute.

Il se donnait et elle prenait sans limite, sans peur, sa pudeur.

Elle en avait besoin.

Elle se sentait tellement vivante lorsqu’elle agrippait ses cheveux et crachait dans sa bouche.

Elle existait. Elle était présente. Elle habitait enfin chaque parcelle de son corps.

 

Il disait qu’elle était un vampire émotionnel, qu’elle se nourrissait de ses émotions comme elle l’aurait fait d’aliments. Elle le reconnaissait et l’acceptait.

Ce qu’il ne savait pas c’est que, quand elle disait qu’il lui appartenait, quand elle faisait sien son corps, son esprit et son âme, elle lui appartenait tout autant.

Elle sentait chaque recoin de son corps empli par lui et par la tempête des émotions qu’il déclenchait en elle.

 

A présent que c’était fini, à présent qu’il avait fait son choix et qu’il ne s’était pas porté sur elle (l’imbécile) elle désespérait et déclinait.

Elle hurlait sa douleur dans l’immensité du silence.

Le manque était atroce et la rongeait comme un cancer. Elle ne pouvait pas vivre sans lui, se passer de lui, de sa force, de sa fragilité, de sa voracité.

Sans lui elle se sentait vide, elle tournait en rond sans but, le monde était vide de sens. Elle le voyait autour d’elle, elle entendait sa voix, son rire, elle sentait son odeur partout.

Elle entendait sa voix dans sa tête, elle pensait à lui en permanence, jamais il ne quittait ses pensées.

Il était une partie d’elle, un membre qu’on lui avait amputé.

 

 

M.

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