28.03.2009
Souvenirs
Reviennent des souvenirs de la mère quand le papa frappait Claudine. Elle le suppliait d'arrêter, elle en pleurait. Mais laissait faire. Il était une puissance à laquelle on ne doit même pas chercher à déroger, qu'on doit subir telle quelle.
La colère du père était intimement liée à sa présence. On n'avait pas l'un sans l'autre. L'homme sans sa violence.
[...]
Recroquevillée par terre, acculée contre un mur, un corps ridiculement frêle, les deux bras croisés au dessus de sa tête. Il est un ciel à lui tout seul, déchainé en orage, et la voix tonne et gronde, c'est un Dieu mécontent. C'est pas les coups qui font le plus mal, c'est bien le châtiment, de déplaire à ce point. C'est cette rage noire d'adulte, nulle part en soi où s'en défendre.
La mère, pendant ce temps, s'enhardissait parfois jusqu'à retenir un bras levé fermé en poing, l'empêcher de cogner trop fort. Et quand le père s'éloignait elle se penchait sur la gamine, "tu vois dans quel état tu le mets ?" car la colère d'homme est légitime, on doit s'arranger pour ne pas la provoquer.
Les jolies choses - Virginie Despentes
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18.03.2009
Madness
Elle le voyait jeter de fréquents coups d'oeil au dessus de son écran d'ordinateur. Il s'agitait de plus en plus.
Elle- même sentait depuis un moment déjà que quelque chose clochait, elle ne pouvait pas encore mettre de mots dessus mais il y avait un malaise quelque part. Ses doutes s'incarnèrent quand il finit par lui envoyer un mail pour lui dire qu'il n'en pouvait plus, qu'il était en train de perdre pied.
Elle le sentait bien, elle ressentait en même temps que lui le noeud qui nouait ses intestins, sa gorge qui s'asséchait, la panique qui montait par vagues et refluait aussi sec, soulagement aussi bref que trompeur.
Son regard s'était durçi à l'autre bout de l'open space, son ton avec les clients était dur, elle savait qu'il luttait contre un furieux désir de s'enfuir en courant, de tout laisser derrière lui, de partir sans un dernier regard, de tout abandonner pour survivre à la folie qui tentait de faire main mise sur son cerveau, qui enserrait son coeur d'un poing sans faille, un sourire sans pitié au bord des lèvres.
Elle savait qu'elle gagnerait en temps et en heure, elle n'était pas pressée car plus longue serait l'attente plus intense serait la victoire.
Elle aimait tellement les voir résister à son étreinte, une lueur de désespoir dans leurs yeux pris de panique. Le plus délicieux était la certitude qu'elle pouvait y lire : il le savait.
Oui il savait parfaitement qu'il finirait par céder et que plus forte serait sa résistance, plus douloureuse serait sa chute.
Mais comment pourrait il cesser de lutter ? Il avait l'espoir et l'assurance que chaque seconde, chaque minute, chaque heure, chaque instant de combat était une victoire, un pied de nez à la Folie.
Et cette voix insidieuse dans un coin de sa tête qui lui susurrait qu'il ne tiendrait plus très longtemps ainsi, qu'il pourrait trouver de l'aide s'il la demandait.
Simple d'utilisation. A avaler avec un verre d'eau avant chaque repas. Peut donner envie de dormir.
Petite pilule magique au goût de purgatoire chimique.
Le paradis pour une heure, la défaite immédiate.
Il y avait bien pensé pourtant. Tant de gens en prennent aujourd'hui, il parait que la dépression est la maladie du millénaire alors...
Et cette voix qui chuchotait que ce serait simple. Remboursé par la Sécu en plus. Et puis leur nom chantait comme une comptine magique.
Au XXIe siècle, la formule magique Abracadabra avait été remplacée par Alprazolam Tetrazam. Bien plus efficace en fin de compte.
Lexomil... Xanax... Prozac... Effexor... Lysanxia... Atarax...
A réciter trois fois, très vite, les yeux fermés et faire un voeu.
M.
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05.03.2009
Les miasmes de la claustration
" A cette époque, la faculté de Lettres m'ouvrait encore les bras ; je les lui tordais sans ménagement. Je voyais Lucas tous les soirs après qu'il eut achevé sa journée de labeur. Nous nous retrouvions à la sortie du magasin et allions engloutir quelques litres de bière avant de nous achever chez lui ou chez moi.
Parfois, nous promenions durant des heures nos haleines chargées d'alcool à travers la vieille ville, avant de nous effondrer dans le lit d'inconnues rencontrées par hasard. Les nuits étaient trop courtes. Les réveils abominables.
Lucas était pourvu des plus beaux cernes qu'il m'ait été donné de voir. Il en maintenait la teinte ainsi que la profondeur à coup d'insomnies, de houblon et de Lexomil. Son visage était celui d'un ange. Il rayonnait, magnifique, lorsque nous dansions enlacés, nos torses nus lacérés d'arabesques sculptées au rasoir.
Les âmes perdues que nous rencontrions n'avaient pour rôle que celui de nourrir notre complicité. Lors de pantagruéliques festins de chair, nous dévorions dans le même plat les mets pimentés que nous prisions fort. Notre amitié était indestructible.
Puis vint la chute.
Cessation de toute activité. Internements. Fossilisation intramurale.
Notre amour y a fort heureusement survécu, mais nous nous sommes vus ensuite que très rarement, l'extraction de chacun de sa propre tanière ayant des répercussions particulièrement éprouvantes.
Je regrette notre grande époque. Celle où le monde extérieur ne nous avait pas encore régurgités ; celle où nous lancions nos ivresses à la face du soleil et de la lune. Celle où la pathologie neurologique en nous n'était qu'en germe. "
Extrait "Les miasmes de la claustration" par Olivier Déhenne.
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01.03.2009
The Supreme Vice
00:06 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








