05.07.2009
Mes dernières acquisitions littéraires
Cet après midi, je me rendais à la station Olympiades lorsque j'ai croisé un étalage de livres devant la bouche de métro : 3€ le livre et peut être l'occasion de trouver un roman sympa moi qui suis toujours à la recherche de nouvelles lectures.
J'ai eu la surprise de trouver des ouvrages vraiment intéressant ! J'ai donc acquis pour 2,50€ pièce (le vendeur m'a fait un prix ) :
Les préhistoriens s'accordent pour dire que, dans une longue période s'étageant du paléolithique au mégalithique, les peuples d'Europe et du Moyen-Orient adoraient une Grande Déesse primordiale : des gravures sur pierre et des sculptures innombrables la représentant ont été retrouvées sur des sites archéologiques indéniablement cultuels. Par son exploration des zones d'ombre de cette épopée mutimillénaire, Jean Markale nous convie à faire connaissance avec cette Dame divine, déesse de fécondité et de renouveau. Passant en revue les sanctuaires et les sites présumés, il nous explique ces cultes où la féminité essentielle se trouvait vénérée et nous en montre les prolongements à travers l'Age du bronze, l'Antiquité, le Moyen Age chrétien, et jusqu'à nos jours. Remplacée dans le christianisme par Notre-Dame, la mère du Christ, l'image de la Grande Déesse continue de nous parler dans ce livre, passionnante fresque de rituels religieux qui, même s'ils changent de noms et de formes, vénèrent toujours l'éternel féminin et sa puissance créatrice.
On attribue généralement nos comportements à l’éducation que nous avons reçue ou au contexte sociétal dans lequel nous avons grandi.
On en ignore souvent l’une des sources principales : les archétypes, fondements mêmes de l’inconscient collectif qui ont été représentés par les anciens sous forme de dieux et de déesses.
Ce livre nous propose de nous redécouvrir à travers les principales déesses de la Grèce antique.
Sommes-nous Aphrodite, Déméter, Perséphone, Hestia, Héra, Athéna ou Artémis ? À quel point notre destin ressemble-t-il à la vie mythique de notre déesse ?
Sophie d’Oriona nous invite à développer d’autres façons de concevoir notre essence et nous propose d’aller chercher les éléments qui nous permettront de réaliser notre complétude.
Emblèmes : Tanith Lee
Quatrième de couverture :
De vocation encyclopédique, la collection Emblèmes se dote aujourd'hui de numéros spéciaux, entièrement consacrés à l'œuvre des auteurs phares des littératures de l'Imaginaire, par le biais toujours de nouvelles, de bibliographies et textes d'analyse. Tanith Lee est à l'honneur de ce premier opus, dirigé par Léa Silhol, spécialiste de son oeuvre en francophonie.
À travers neuf nouvelles et trois poèmes, tous inédits en français et, pour cinq d'entre eux, présentés ici en première publication mondiale, retrouvez tout le talent de la conteuse incomparable de La Terre Plate et d'Uasti. Textes de Fantastique, SF ou Fantasy, de vampires ou d'immortels, de reines cloîtrées ou de voyageurs au long cours, et au travers desquels l'on retrouve les univers bien connus du Seigneur Azhrarn (Le Dit de la Terre Plate) des Scaratha, ancêtres des Scarabae (L'Opéra de Sang) et de sa Paris parallèle (Paradys).
Les textes ici réunis sont présentés pour certains en version bilingues. Ils sont accompagnés d'articles d'analyse, interviews et bibliographie par les meilleurs spécialistes de Lee, et illustrés par John Kaiine, compagnon de l'auteure.
Je vous ferais part de ma critique lorsque j'aurais eu le temps de les lire. ;-)
M.
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29.06.2009
Prière Bene Gesserit
Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit.
La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale.
J’affronterai ma peur.
Je lui permettrai de passer sur moi, à travers moi.
Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien, rien que moi.
Prière Bene Gesserit
12:39 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : priere, peur, bene gesserit, dune, franck herbert
03.06.2009
Soleil et Chair
Soleil et chair
Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !
Et tout croît, et tout monte !
- Ô Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d'airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
- Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.
Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs !
II
Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! - Oh ! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois !
- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son cors Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être courtisane !
- C'est une bonne farce ! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !
III
Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
- Car l'Homme a fini ! l'Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles,
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L'Idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L'Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d'un immense baiser !
- Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.
Ô ! L'Homme a relevé sa tête libre et fière !
Et le rayon soudain de la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l'autel de la chair !
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L'Homme veut tout sonder, - et savoir ! La Pensée,
La cavale longtemps, si longtemps oppressée
S'élance de son front ! Elle saura Pourquoi !...
Qu'elle bondisse libre, et l'Homme aura la Foi !
- Pourquoi l'azur muet et l'espace insondable ?
Pourquoi les astres d'or fourmillant comme un sable ?
Si l'on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l'horreur de l'espace ?
Et tous ces mondes-là, que l'éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d'une éternelle voix ?
- Et l'Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu'un rêve ?
Si l'homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D'où vient-il ? Sombre-t-il dans l'Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l'immense Creuset d'où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?...
Nous ne pouvons savoir ! - Nous sommes accablés
D'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères !
Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l'infini !
Nous voulons regarder : - le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile...
- Et l'horizon s'enfuit d'une fuite éternelle !...
Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts
Devant l'Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l'immense splendeur de la riche nature !
Il chante... et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !...
- C'est la Rédemption ! c'est l'amour ! c'est l'amour !...
IV
Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
Ô renouveau d'amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
- Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
Ô douce vierge enfant qu'une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d'or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
- Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d'Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur,
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d'or fleurit sa chevelure.
- Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
- Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l'or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
- Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S'avance, front terrible et doux, à l'horizon !
Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux...
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
- La Source pleure au loin dans une longue extase...
C'est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
- Une brise d'amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
- Les Dieux écoutent l'Homme et le Monde infini !
29 avril 1870
Athur Rimbaud
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28.03.2009
Souvenirs
Reviennent des souvenirs de la mère quand le papa frappait Claudine. Elle le suppliait d'arrêter, elle en pleurait. Mais laissait faire. Il était une puissance à laquelle on ne doit même pas chercher à déroger, qu'on doit subir telle quelle.
La colère du père était intimement liée à sa présence. On n'avait pas l'un sans l'autre. L'homme sans sa violence.
[...]
Recroquevillée par terre, acculée contre un mur, un corps ridiculement frêle, les deux bras croisés au dessus de sa tête. Il est un ciel à lui tout seul, déchainé en orage, et la voix tonne et gronde, c'est un Dieu mécontent. C'est pas les coups qui font le plus mal, c'est bien le châtiment, de déplaire à ce point. C'est cette rage noire d'adulte, nulle part en soi où s'en défendre.
La mère, pendant ce temps, s'enhardissait parfois jusqu'à retenir un bras levé fermé en poing, l'empêcher de cogner trop fort. Et quand le père s'éloignait elle se penchait sur la gamine, "tu vois dans quel état tu le mets ?" car la colère d'homme est légitime, on doit s'arranger pour ne pas la provoquer.
Les jolies choses - Virginie Despentes
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05.03.2009
Les miasmes de la claustration
" A cette époque, la faculté de Lettres m'ouvrait encore les bras ; je les lui tordais sans ménagement. Je voyais Lucas tous les soirs après qu'il eut achevé sa journée de labeur. Nous nous retrouvions à la sortie du magasin et allions engloutir quelques litres de bière avant de nous achever chez lui ou chez moi.
Parfois, nous promenions durant des heures nos haleines chargées d'alcool à travers la vieille ville, avant de nous effondrer dans le lit d'inconnues rencontrées par hasard. Les nuits étaient trop courtes. Les réveils abominables.
Lucas était pourvu des plus beaux cernes qu'il m'ait été donné de voir. Il en maintenait la teinte ainsi que la profondeur à coup d'insomnies, de houblon et de Lexomil. Son visage était celui d'un ange. Il rayonnait, magnifique, lorsque nous dansions enlacés, nos torses nus lacérés d'arabesques sculptées au rasoir.
Les âmes perdues que nous rencontrions n'avaient pour rôle que celui de nourrir notre complicité. Lors de pantagruéliques festins de chair, nous dévorions dans le même plat les mets pimentés que nous prisions fort. Notre amitié était indestructible.
Puis vint la chute.
Cessation de toute activité. Internements. Fossilisation intramurale.
Notre amour y a fort heureusement survécu, mais nous nous sommes vus ensuite que très rarement, l'extraction de chacun de sa propre tanière ayant des répercussions particulièrement éprouvantes.
Je regrette notre grande époque. Celle où le monde extérieur ne nous avait pas encore régurgités ; celle où nous lancions nos ivresses à la face du soleil et de la lune. Celle où la pathologie neurologique en nous n'était qu'en germe. "
Extrait "Les miasmes de la claustration" par Olivier Déhenne.
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19.01.2009
Freak
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05.01.2009
Le Vampire
Le Vampire
Toi qui, comme un coup de couteau,
Dans mon cœur plaintif est entrée ;
Toi qui, forte comme un troupeau
De démons, vins, folle et parée,
De mon esprit humilié
Faire ton lit et ton domaine ;
– Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne,
Comme au jeu le joueur têtu,
Comme à la bouteille l'ivrogne,
Comme aux vermines la charogne
– Maudite, maudite sois-tu !
J'ai prié le glaive rapide
De conquérir ma liberté,
Et j'ai dit au poison perfide
De secourir ma lâcheté.
Hélas ! le poison et le glaive
M'ont pris en dédain et m'ont dit :
"Tu n'es pas digne qu'on t'enlève
A ton esclavage maudit,
Imbécile ! – de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire !"
Charles Baudelaire
Spleen et Idéal, XXXI
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15.11.2008
A une Madone

A une Madone,
Ex-voto dans le goût espagnol
Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal
Savamment constellé de rimes de cristal,
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone,
Je saurai te tailler un Manteau, de façon
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés,
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d'argent,
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
Reine victorieuse et féconde en rachats,
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges,
Étoilant de reflets le plafond peint en bleu,
Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
Et comme tout en moi te chérit et t'admire,
Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.
Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
Et pour mêler l'amour avec la barbarie,
Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant,
Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
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14.09.2008
Histoires d'os et autres illustres abattis
Je ne dirais pas que c'est une passion pour moi mais cela pourrait le devenir : la paléopathologie.
A ce propos un de mes amis m'a prêté un excellent livre que je viens donc vous conseiller : Histoires d'os et autres illustres abattis : Morceaux choisis de l'Histoire de France par Clémentine Portier-Kaltenbach.
Voici le quatrième de couverture :
Même morts nos grands hommes ne sont pas tranquilles ! A peine refroidis, leurs cheveux, leurs dents, le moindre de leurs os font l'objet d'un commerce insolite, d'une spéculation effrénée. Clémentine Portier-Kaltenbach, en véritable détective, en historienne légiste, a mené une enquête passionnante sur le destin de ces reliques dont la possession suscite tant de convoitise. Quel chemin mystérieux le corps de Descartes a-t-il suivi avant de trouver la paix dans l'église Saint-Germain-des-Prés ? En quoi la barbiche de Richelieu prouve-t-elle l'authenticité de son crâne ? Qu'en est-il des vestiges des héros entrés par la grande porte du Panthéon - Mirabeau, Marat... - et sortis en toute discrétion par la petite ? Qu'a-t-on découvert en ouvrant les cercueils de Voltaire et Rousseau ? Et Napoléon, y a t-il un mystère des Invalides ? Sans oublier les énigmes qui entourent la côte de Jeanne d'Arc, la jambe de Catherine de Médicis, les dents de Louis XIV, le cœur de Louis XVII... et surtout le fabuleux reliquaire de Vivant Denon dont le contenu défie l'imagination ! Ce sont ainsi des épisodes - des morceaux - de l'histoire de France, inconnus, saugrenus, surprenants qui surgissent du passé non pas comme des fantômes mais comme la preuve que les destins exceptionnels continuent à vivre dans notre présent.
Si comme moi la Mort est un sujet qui vous passionne, si vous aimez le macabre et n'êtes pas effrayé par le morbide je vous conseille mille fois cet ouvrage. L'auteur use de beaucoup d'humour et traite de cette matière avec légèreté mais on perçoit néanmoins un véritable travail d'archive.
Certes il risque de vous être difficile d'en discuter avec votre boulangère mais imaginez l'effet que vous ferez lorsque vous aborderez ce sujet en plein milieu d'un dîner avec vos amis bobos. Ils seront sidérés par votre culture !
En résumé un excellent ouvrage, divertissant, amusant et enrichissant. A ajouter à vos bibliothèques assurément !
M.
22:28 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paleopathologie, cadavres, ossements, reliques, celebrites
06.09.2008
Lénore
Lénore, de Gottfried August BÜRGER.
Lénore au point du jour se lève,
L’oeil en pleur, le coeur oppressé ;
Elle a vu passer dans un rêve,
Pâle et mourant, son fiancé !
Wilhelm était parti naguère
Pour Prague, où le roi Frédéric
Soutenait une rude guerre,
Si l’on en croit le bruit public.
Enfin, ce prince et la tsarine,
Las de batailler sans succès,
Ont calmé leur humeur chagrine
Et depuis peu conclu la paix ;
Et cling ! et clang ! les deux armées,
Au bruit des instruments guerriers,
Mais joyeuses et désarmées,
Rentrent gaîment dans leurs foyers.
Ah ! partout, partout quelle joie !
Jeunes et vieux, filles, garçons,
La foule court et se déploie
Sur les chemins et sur les ponts.
Quel moment d’espoir pour l’amante,
Et pour l’épouse quel beau jour !
Seule, hélas ! Lénore tremblante
Attend le baiser du retour.
Elle s’informe, crie, appelle,
Parcourt en vain les rangs pressés.
De son amant point de nouvelle...
Et tous les soldats sont passés !
Mais sur la route solitaire,
Lénore en proie au désespoir
Tombe échevelée... et sa mère
L’y retrouva quand vint le soir.
– Ah ! le Seigneur nous fasse grâce !
Qu’as-tu ? qu’as-tu, ma pauvre enfant ?...
Elle la relève, l’embrasse,
Contre son coeur la réchauffant ;
Que le monde et que tout périsse,
Ma mère ! Il est mort ! il est mort !
Il n’est plus au ciel de justice
Mais je veux partager son sort.
– Mon Dieu ! mon Dieu ! quelle démence !
Enfant, rétracte un tel souhait ;
Du ciel implore la clémence,
Le bon Dieu fait bien ce qu’il fait.
– Vain espoir ! ma mère ! ma mère !
Dieu n’entend rien, le ciel est loin...
À quoi servira ma prière,
Si Wilhelm n’en a plus besoin ?
– Qui connaît le père, d’avance
Sait qu’il aidera son enfant :
Va, Dieu guérira ta souffrance
Avec le très-saint sacrement !
– Ma mère ! pour calmer ma peine,
Nul remède n’est assez fort,
Nul sacrement, j’en suis certaine,
Ne peut rendre à la vie un mort !
– Ces mots à ma fille chérie
Par la douleur sont arrachés...
Mon Dieu, ne va pas, je t’en prie,
Les lui compter pour des péchés !
Enfant, ta peine est passagère,
Mais songe au bonheur éternel ;
Tu perds un fiancé sur terre,
Il te reste un époux au ciel.
– Qu’est-ce que le bonheur céleste
Ma mère ? qu’est-ce que l’enfer ?
Avec lui le bonheur céleste,
Et sans lui, sans Wilhelm, l’enfer ;
Que ton éclat s’évanouisse,
Flambeau de la vie, éteins-toi !
Le jour me serait un supplice,
Puisqu’il n’est plus d’espoir pour moi !
Ainsi, dans son coeur, dans son âme,
Se ruait un chagrin mortel :
Longtemps encore elle se pâme,
Se tord les mains, maudit le ciel,
Jusqu’à l’heure où de sombres voiles
Le soleil obscurcit ses feux,
À l’heure où les blanches étoiles
Glissent en paix sur l’arc des cieux.
Tout à coup, trap ! trap ! trap ! Lénore
Reconnaît le pas d’un coursier,
Bientôt une armure sonore
En grinçant monte l’escalier...
Et puis, écoutez ! la sonnette,
Klinglingling ! tinte doucement...
Par la porte de la chambrette
Ces mots pénètrent sourdement :
– Holà ! holà ! c’est moi, Lénore !
Veilles-tu, petite, ou dors-tu ?
Me gardes-tu ton coeur encore,
Es-tu joyeuse ou pleures-tu ?
– Ah ! Wilhelm, Wilhelm, à cette heure !
Ton retard m’a fait bien du mal,
Je t’attends, je veille, et je pleure...
Mais d’où viens-tu sur ton cheval ?
– Je viens du fond de la Bohême,
Je ne suis parti qu’à minuit,
Et je veux si Lénore m’aime
Qu’elle m’y suive cette nuit.
– Entre ici d’abord, ma chère âme,
J’entends le vent siffler dehors,
Dans mes bras, sur mon sein de flamme,
Viens que je réchauffe ton corps.
– Laisse le vent siffler, ma chère,
Qu’importe à moi le mauvais temps,
Mon cheval noir gratte la terre,
Je ne puis rester plus longtemps :
Allons ! chausse tes pieds agiles,
Saute en croupe sur mon cheval,
Nous avons à faire cent milles
Pour gagner le lit nuptial.
– Quoi ! cent milles à faire encore
Avant la fin de cette nuit ?
Wilhelm, la cloche vibre encore
Du douzième coup de minuit...
– Vois la lune briller, petite,
La lune éclairera nos pas ;
Nous et les morts, nous allons vite,
Et bientôt nous serons là-bas.
Mais où sont et comment sont faites
Ta demeure et ta couche ? – Loin :
Le lit est fait de deux planchettes
Et de six planches.... dans un coin
Étroit, silencieux, humide.
– Y tiendrons-nous bien ? – Oui, tous deux ;
Mais viens, que le cheval rapide
Nous emporte au festin joyeux !
Lénore se chausse et prend place
Sur la croupe du noir coursier,
De ses mains de lis elle embrasse
Le corps svelte du cavalier...
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.
Comme ils voyaient, devant, derrière,
À droite, à gauche, s’envoler
Steppes, forêts, champs de bruyère,
Et les cailloux étinceler !
– Hourrah ! hourrah ! la lune est claire,
Les morts vont vite par le frais,
En as-tu peur, des morts, ma chère ?
– Non !... Mais laisse les morts en paix !
– Pourquoi ce bruit, ces chants, ces plaintes,
Ces prêtres ?... – C’est le chant des morts,
Le convoi, les prières saintes ;
Et nous portons en terre un corps. –
Tout se rapproche : enfin la bière
Se montre à l’éclat des flambeaux...
Et les prêtres chantaient derrière
Avec une voix de corbeaux.
– Votre tâche n’est pas pressée,
Vous finirez demain matin ;
Moi j’emmène ma fiancée,
Et je vous invite au festin :
Viens, chantre, que du mariage
L’hymne joyeux nous soit chanté ;
Prêtre, il faut au bout du voyage
Nous unir pour l’éternité ! –
Ils obéissent en silence
Au mystérieux cavalier :
– Hourrah ! – Tout le convoi s’élance,
Sur les pas ardents du coursier...
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.
Ô comme champs, forêts, herbages,
Devant et derrière filaient !
Ô comme villes et villages
À droite, à gauche, s’envolaient ! –
Hourrah ! hourrah ! les morts vont vite,
La lune brille sur leurs pas...
En as-tu peur, des morts, petite ?
– Ah ! Wilhelm, ne m’en parle pas !
Tiens, tiens ! aperçois-tu la roue ?
Comme on y court de tous côtés !
Sur l’échafaud on danse, on joue,
Vois-tu ces spectres argentés ? –
Ici, compagnons, je vous prie,
Suivez les pas de mon cheval ;
Bientôt, bientôt je me marie,
Et vous danserez à mon bal.
– Houch ! houch ! houch ! les spectres en foule
À ces mots se sont rapprochés
Avec le bruit du vent qui roule
Dans les feuillages desséchés :
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.
– Mon cheval ! Mon noir !... Le coq chante,
Mon noir ! Nous arrivons enfin,
Et déjà ma poitrine ardente
Hume le vent frais du matin...
Au but ! au but ! Mon coeur palpite,
Le lit nuptial est ici ;
Au but ! au but ! Les morts vont vite,
Les morts vont vite. Nous voici ! –
Une grille en fer les arrête :
Le cavalier frappe trois coups
Avec sa légère baguette. –
Les serrures et les verrous
Craquent... Les deux battants gémissent,
Se retirent. – Ils sont entrés ;
Des tombeaux autour d’eux surgissent
Par la lune blanche éclairés.
Le cavalier près d’une tombe
S’arrête en ce lieu désolé : –
Pièce à pièce son manteau tombe
Comme de l’amadou brûlé...
Hou ! hou !... Voici sa chair encore
Qui s’envole, avec ses cheveux,
Et de tout ce qu’aimait Lénore
Ne laisse qu’un squelette affreux.
Le cheval disparaît en cendre
Avec de longs hennissements....
Du ciel en feu semblent descendre
Des hurlements ! des hurlements !
Lénore entend des cris de plainte
Percer la terre sous ses pas....
Et son coeur, glacé par la crainte,
Flotte de la vie au trépas.
C’est le bal des morts qui commence,
La lune brille... les voici !
Ils se forment en ronde immense,
Puis ils dansent, chantant ceci :
– Dans sa douleur la plus profonde,
Malheur à qui blasphémera !... –
Ce corps vient de mourir au monde...
Dieu sait où l’âme s’en ira !
Traduit de l'allemand par Gérard de NERVAL.
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